☭ Lénine : Œuvres complètes informatisées

| Éditions Communistus

Volume 04 pages 80-81

plus profondes contradictions du capitalisme : la richesse
nationale augmente à une vitesse énorme, alors que la
consommation nationale s’accroît (si tant est qu’elle s’ac
croisse) très lentement.

6. Strouvé « ne comprend pas du tout » pourquoi la
distinction faite par Marx entre le capital constant et le
capital variable « est indispensable pour la théorie de la
réalisation » et pourquoi j’« insiste particulièrement » sur
ce point.

Cette incompréhension est, pour une part, le résultat
d’un simple malentendu. Primo, Strouvé lui-même accorde
à cette distinction le mérite d’embrasser tout le produit,
et pas seulement les revenus. Un autre de ses mérites est
qu’elle relie logiquement l’analyse du processus de réali
sation à celle du processus de production du capital indi
viduel. Quel est l’objet de la théorie de la réalisation ?

Montrer comment s’opèrent la reproduction et la circula
tion de l’ensemble du capital social. N’est-il pas dès lors
évident que le rôle du capital variable 'doit être radi
calement différent de celui du capital constant ? Los pro
duits qui compensent le capital variable doivent au bout
du compte s’échanger contre des biens de consommation A
l’usage des ouvriers et couvrir la consommation habituelle
de ces derniers. Les produits qui compensent le capital
constant doivent finalement s’échanger contre des moyens
de production et être utilisés comme un capital pour une
nouvelle production. Aussi, la distinction entre capital cons
tant et capital variable est-elle absolument indispensable
à la théorie de la réalisation. Secundo, le malentendu pro
vient du fait qu’ici encore Strouvé entend tout à fait ar
bitrairement et à tort par théorie de la réalisation une théo
rie montrant que les produits sont répartis proportionnel
lement (voir notamment les pages 50-51). Nous avons déjà
dit ci-dessus et nous répétons une fois encore qu’une telle
interprétation de la théorie de la réalisation est erronée.

D’autre part, Strouvé ne comprend pas la question
du fait qu’il estime indispensable de distinguer les ca
tégories « sociologiques » et les catégories « économiques »
de la théorie de Marx en formulant quelques remarques
générales contre celle-ci. Je dois dire à ce propos, en premier
lieu, que tout cela n’a absolument rien de commun avec

la théorie de la réalisation ; en second lieu, que je con
sidère la distinction introduite par Strouvé comme confuse
et que je n’y vois aucune utilité véritable. En troisième
lieu, je tiens non seulement pour contestable, mais pour
manifestement erronée l’allirmation suivante de Strouvé :
« Marx lui-même, sans aucun doute, ne concevait pas
clairement le rapport entre les fondements sociologiques »
de sa théorie et l’analyse des phénomènes relatifs au mar
ché, et « la théorie de la valeur, telle qu’elle est expo
sée dans les livres I et III du Capital, est indéniablement
entachée d’une contradiction »*. Toutes ces déclarations de
Strouvé sont complètement gratuites. Ce ne sont pas des
arguments, mais des décrets. Ce sont les résultats anticipés
de cette critique de la théorie marxiste que veulent entre
prendre les néo-kantiens** . On verra bien avec le temps ce
* A celle dernière déclaration de Strouvé, j’oppose le plus récent
exposé de la théorie de la valeur donné par K. Kaulsky.qui dit et prou
ve que la loi du taux moyen du profit « ne détruit pas la loi de la
valeur, mais se borne à la modifier ». Die Agrarfrage, S. 67-68.

(La question agraire, pp. 67-68.—N.U.) Signalons à ce propos l’inté
ressante opinion de Kautsky dans la préface de son livre remarquable :
>< Si j’ai réussi à développer dans l’ouvrage que j’offre au public des
idées neuves et fécondes, j’en suis redevable avant tout à mes deux
grands maîtres ; je le souligne d’autant plus volontiers que depuis
quelque temps, même dans nos milieux, s’élèvent des voix qui procla
ment vieilli le point de vue de Marx et d’Engels... A mon avis, ce scep
ticisme découle davantage des traits individuels des sceptiques que
des particularités de la doctrine contestée. Je tire cette conclusion
non seulement des résultats auxquels conduit l’analyse des objections
des sceptiques, mais aussi de mon expérience personnelle. Au début de
mon... activité, je ne nourrissais pas la moindre sympathie pour le
marxisme. Je me comportais à son égard avec autant d’esprit critique
et de méfiance que tous ceux qui, à présent, écrasent de leur dédain
mon fanatisme dogmatique. C’est seulement après une certaine résis
tance que je suis devenu marxiste. Mais dès ce moment et par la suite,
— chaque fois que des doutes ont surgi en moi sur une question de prin
cipe quelconque, — j’ai toujours fini par me convaincre que c’était
moi qui avais tort et non mes maîtres. Une étude plus approfondie du
sujet me contraignait à reconnaître le bien-fonaé de leur opinion.

Ainsi, toute étude nouvelle d’un sujet, toute tentative de reviser mes
conceptions, renforçait ma conviction, fortifiait en moi l’adhésion
à cette doctrine dont la diffusion et l’application sont devenues la
tâche de ma vie. »
♦♦A cette occasion voici quelques mots sur cette (future) « cri
tique » qui a tant de séductions pour Strouvé. Aucun homme de bon
sens n’élèvera évidemment d’objections contre la critique en géné
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